L’œuvre de Philippe Decrauzt (né en 1974) use d'un langage abstrait au service d’une recherche sur la perception héritière de l’art optique et du cinétisme, dont il entend renouveler les perspectives. L'artiste suisse a bénéficié de plusieurs expositions personnelles dans des institutions françaises (notamment aux Abattoirs, Musée-Frac Occitanie à Toulouse en 2008, au Plateau Frac Île-de-France à Paris en 2011, au Magasin à Grenoble en 2014...).
En l'exposant, Clément Nouet, le directeur du Mrac Occitanie, a tenu à réunir aujourd'hui un ensemble signifiant — installations, peintures, films —, afin que le public puisse découvrir l'étendue de sa pratique. « Philippe Decrauzat occupe une place importante sur la scène contemporaine. Son œuvre forme un système cohérent, où chaque médium enrichit les autres. À mon sens, c'est un travail trop peu montré », estime-t-il.
Le parcours du Musée regional d'art contemporain ouvre sur Take On/No Take (2017), un dispositif qui reprend la séquence d'ouverture du court-métrage Film écrit par Samuel Beckett (réal. Alan Schneider, 1965), soit un gros plan de l'œil de Buster Keaton : le visiteur est d'emblée placé au cœur de la démarche de l'artiste, Dans son montage, l'installation reproduit le rythme du battement de la paupière, tandis que l'image encercle le visiteur placé face au faisceau éblouissant du projecteur reflété par un miroir en suspens. Dans la salle suivante, quatre tableaux de la série « Feedback Loop » sont posés au sol, enchâssés comme des vestiges sous une plaque de verre. L'exposition que la galerie parisienne Devals consacre à Decrauzat (« Dedans Dehors », jusqu'au 23 mai) présente trois œuvres issues de cette même série sur le labyrinthe. On y apprend qu'un dessin d'André Masson —représentation stylisée d'un intestin enroulé sur lui-même —, réalisé en 1937 pour la couverture de la revue Acéphale, sert de point de départ à cette peinture en spirale, qui nous renvoie donc à notre corporalité. C'est le côté vertigineux de la démarche de Decrauzat, lequel partage son temps entre son atelier et sa bibliothèque : la somme de références convoquée par ses créations constitue en quelque sorte leur supplément d’âme. « Il puise dans l’histoire de l’art , dans l’histoire des sciences et des techniques, des formes et des sujets qu’il manipule pour en proposer des nouvelles lectures », souligne Clément Nouet. Un goût de l’archive que Decrauzat partage avec nombre d’artistes contemporains, dans un registre qui lui est propre.

