Damiers, cibles concentriques, impressions rétiniennes : dans un monde saturé de signes visuels, les œuvres de l’artiste suisse Philippe Decrauzat exposées au Mrac Occitanie invitent à tracer la carte de notre rapport aux images. Avec les motifs et leurs répétitions, l’œil cherche irrésistiblement à entrer en interaction, plongeant dans la démesure de cet art du multiple.
Qu’on le veuille ou non, il arrive aux images d’avoir trop de réalité, de trop se situer ou de trop s’ancrer dans le monde réel et de nous renvoyer aux outils qui construisent notre vision. À ce moment précis, la mécanique du regard rend paradoxalement visible l’invisible par l’outil ou par sa défaillance.
Une pareille sensation se fait jour et impose à la conscience des choses d’ordinaire cachées par respect de l’œuvre, de la bienséance, ou par la complexité de ce qui est rendu visible. Les œuvres de Philippe Decrauzat vont s’inscrire (dans) ou jouer de ces paradoxes ; le regard se perd dans les motifs et leur répétition ; l’outil-œil semble s’égarer, voire nous égarer, dans les lignes de fuite et d’horizon. Le phénomène, pourtant, peut, dans les deux cas, susciter la fascination comme la sidération, et ce, en digne héritier du Grav (Groupe de Recherche en Art Visuel), de l’Op Art et de ses multiples tendances. La principale raison des inquiétudes qu’engendre aujourd’hui leur prolifération, bien que moins importante qu’hier, réside dans cette mystérieuse recherche de l’abstraction et dans l’abstraction. Il arrive aux images de déborder de leur rôle de représentation, en absorbant, en quelque sorte, le référent lui-même. Le motif du tableau, sa trame, devient ici une idole, c’est-à-dire le motif présent d’un ici et maintenant.
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