Libération - Philippe Decrauzat au Mrac : au bonheur des damiers

Tableaux couchés, invisibles, sur la tranche… Au Musée régional d’art contemporain de Sérignan (Hérault), l’artiste français aux œuvres labyrinthiques réfléchit l’abstraction avec virtuosité et érudition.
Judicaël Lavrador, Libération, June 23, 2026

A mi-parcours de l’exposition de Philippe Decrauzat, alors que la berlue face à ses peintures à la géométrie divagante nous guettait déjà depuis un moment, une salle remet une pièce dans la machine à voir double tout en levant le voile sur la mécanique optique ici à l’œuvre. Elle ne montre pas une peinture, mais un film où des mains multiplient, en gros plan, avec dextérité, des tours de passe-passe. Elles s’ouvrent, se ferment, se chevauchent, se serrent l’une l’autre, et s’écartent, prouvant, faussement innocentes que la pièce qu’elles devaient bien manipuler pourtant n’y était plus. Decrauzat complique le tour en en projetant simultanément trois moments successifs. On n’y voit plus que du feu. Le tout est trop gros, en gros plan trop serré pour qu’on y voie clair. Le procédé rappelle les chronophotographies utilisées par le psychologue Alfred Binet, au début du XXe siècle, pour décomposer les gestes des illusionnistes et percer leurs petits trucs et démontrer que le magicien, non, ne cache pas puisqu’il détourne l’attention. Regardez ici et n’y voyez que du feu, quand c’est ailleurs que ça se passe, que les choses apparaissent ou disparaissent.

 

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